“I’ll be Pâques” : les coulisses de la fête du renouveau

with Pas de commentaire

Malgré les apparences, Pâques n’a pas été inventé par le syndicat des chocolatiers. Même si l’œuf en chocolat est à Pâques ce que la bûche est à Noël, les origines de cette fête sont à chercher ailleurs que dans la fève de cacao. Depuis des siècles, Pâques et sa période célèbrent le renouveau. Avec InSitu French School, découvrez les coulisses de cette fête en 10 infos.

Un article d’Elodie Ressouches pour InSitu French School
Images issues notamment de Flickr Creative Commons, d’Unsplash et de Wikimedia Commons


1. Une date opaque

Pâques en avril ? C’est pourtant parfois en mars, non ? Pâques est la date la plus mobile du calendrier français. En effet, cette fête peut tomber entre le 22 mars et le 25 avril – un créneau plutôt large. Pourquoi ? Cela remonte au concile de Nicée en 325 (je vous vois opiner du chef).

Les Pères réunis par l’empereur Constantin lors de ce concile fixèrent ainsi la définition du jour de Pâques : « Pâques est le dimanche qui suit le 14e jour de la Lune qui atteint cet âge le 21 mars ou immédiatement après. » Nous voilà bien avancés.

Si cela vous semble compliqué en apparence, pas d’inquiétude : c’est de fait compliqué tout court : la date de Pâques est fixée au premier dimanche après la première pleine lune qui suit le 21 mars. Toujours largués ? Vous n’êtes pas seuls : des mathématiciens s’arrachent les cheveux depuis 17 siècles sur cette question.

 

2. Un pack de jours fériés

Contrairement à celle de Noël, fixée une bonne fois pour toutes au 25 décembre, la date de Pâques change chaque année et entraîne dans son sillage le calendrier de plusieurs autres fêtes chrétiennes. Ces dates sont importantes pour les croyants mais aussi pour le reste des Français puisque ces fêtes sont aussi des jours fériés. Certaines années, le printemps est un vrai gruyère : outre le lundi de Pâques (férié en France depuis 1886), les Français profitent du 1er mai (fête du travail), du 8 mai (commémoration de la victoire des Alliés en 1945), du jeudi de l’Ascension (fête chrétienne), du dimanche et du lundi de Pentecôte (fête chrétienne). Précisons que dans certains pays ainsi qu’en Alsace, le vendredi qui précède Pâques est férié aussi – les chanceux !


3. Pâques, Pâque ou Pessah ?

La Pâque, au singulier, est une fête juive nommée « Pessah », le « passage ». Elle commémore la fuite d’Egypte de Moïse et du peuple hébreu à travers la Mer rouge. « Pessah » est passé dans le grec « πάσχα » puis dans le latin « pascha » et a dérivé en « Pâque » (note de la prof : les accents circonflexes signalent souvent un « s » disparu qu’on retrouve parfois en anglais : « île » / « island », « hôtel » / « hostel »…). Selon les Evangiles, le « passage » de Jésus vers la vie éternelle a eu lieu au moment de la Pâque juive : le nom est resté. Cette fête chrétienne est attestée dès le IIe siècle. Pâque et Pâques : ces deux fêtes sont bien distinctes l’une de l’autre mais c’est seulement après le XVe siècle que l’orthographe s’en mêle.


4. Une fête peut en cacher une autre

Bien avant que Pâque et Pâques n’existent, un autre « passage » a longtemps été fêté. Pour de nombreuses cultures païennes, le printemps ramène la lumière et fait renaître la nature après de longs mois d’hiver. L’arrivée du printemps a été symbolisée dans plusieurs cultures par le retour ou le réveil d’une divinité.

En Europe, avant l’évangélisation, les cultes d’origine gréco-romaine se superposent aux croyances celtiques. En Grande-Bretagne, Bède le Vénérable mentionne en 725 la déesse Eostre. « Easter » et « Ostern », les noms anglais et allemand de Pâques, dériveraient d’ailleurs de son nom.

 

5. Il était un œuf

L’œuf est un emblème de vie, de fécondité et de renaissance dans beaucoup de cultures. C’est parfois même l’origine de la création du monde, comme dans le Kalevala, l’épopée nationale finlandaise. C’est pourquoi la coutume d’offrir des œufs décorés est bien antérieure au christianisme. On a découvert en Afrique australe des œufs d’autruche décorés âgés de 60 000 ans. On a également trouvé des œufs peints avec des motifs géométriques, animaliers ou végétaux dans des tombes de Sumer et d’Égypte antique. Les Égyptiens et les Perses s’offraient comme porte-bonheur des œufs de poule décorés. Dans la religion anglo-saxonne traditionnelle, on offrait des œufs peints à la déesse Eostre. Au moment d’évangéliser les peuples d’Europe, ces traditions ont été assimilées par la chrétienté. L’œuf du printemps, symbole de la germination, est devenu l’œuf de Pâques, symbole de la résurrection. Et c’est ainsi que les œufs sont devenus le cadeau le plus distribué le jour de Pâques.

 

6. Les œufs de Pâques

Les premiers œufs peints apparaissent en Europe au XIIIe siècle. On les peignait alors en rouge pour évoquer le sang du Christ. A la Renaissance, dans les Cours royales, les œufs de poule sont remplacés par des œufs en or. So chic! Cet art culmine à la Cour de Russie avec Fabergé, en particulier, qui ornait de pierres précieuses des œufs en métaux précieux. On dit que Louis XIV remettait aux courtisans et à ses domestiques des corbeilles d’œufs dorés – bénis au préalable. Louis XIV, quant à lui, aurait offert à sa maîtresse, Madame du Barry, un œuf qui contenait… une statuette de Cupidon taille nature ou presque. Comme c’est mignon…

En France, le peuple n’est pas en reste. Les premiers textes qui parlent de cette tradition concernent l’Alsace et remontent au XVe siècle. Elle repose sur la symbolique chrétienne de l’œuf, mais aussi sur… les quantités d’œufs produits par les poules pendant le Carême. Et oui : autrefois très respectée, cette période de jeûne interdisait aux fidèles de manger (entre autres) des œufs. A la fin des 40 jours de privation, il fallait bien écouler la production de la basse-cour. Jusqu’au XIXe siècle, les œufs étaient donc la plupart du temps naturels et décorés par les enfants.

Voici le premier œuf créé par Fabergé pour le tsar Alexandre III. L’impératrice l’apprécia tellement qu’Alexandre commanda un œuf à Fabergé à chaque fête de Pâques. La coquille contenait le jaune qui pour sa part contenait la poule.

Ci-dessous, cet œuf recouvert d’émail rouge est orné de flèches de Cupidon, qui évoquent l’amour porté le tsar à son épouse. Il contient un bouton de rose jaune articulé contenant deux surprises minuscules : une réplique miniature de la couronne impériale et un pendentif de rubis, aujourd’hui disparus.

Tous les œufs de Fabergé contenaient des “surprises”.

 

7. Pâquacao

En France, la démocratisation du chocolat date de la fin du Second Empire. À partir du XVIIIe siècle, les œufs frais sont vidés pour les remplir de chocolat liquide. En 1847, les frères Fry mélangent du sucre, du beurre de cacao et du chocolat en poudre : cette pâte molle peut être versée dans des moules. Le chocolat, consommé jusqu’alors comme boisson, peut désormais être croqué et façonné par les confiseurs. Les œufs tout en chocolat apparaissent dans les années 1830 et prennent des formes de plus en plus variées grâce à la diversification des moules.

C’est alors que la tradition dérape ! Les œufs en chocolat font en effet les délices des familles et plus particulièrement des enfants, qui adorent les chercher dans le jardin le dimanche de Pâques. Des œufs en chocolat dans le jardin ? Il faut bien trouver pour ces chères petites têtes blondes une explication solide. La voici : à partir du Jeudi saint, les cloches des églises catholiques sont silencieuses, en signe de deuil. La tradition populaire dit aux enfants qu’elles sont parties pour Rome et qu’elles en reviennent le jour de Pâques avec des œufs qu’elles sèment sur leur passage. Quoi de plus normal 😉 Bref, l’œuf symbole de résurrection des Chrétiens passe à la trappe au profit de l’œuf en chocolat des gourmands. En 2010, les Français ont mangé 13 400 tonnes de chocolat à Pâques !

 

8. Le bestiaire de Pâques

De l’œuf ou de la poule, on sait cette fois-ci qui est le premier ! Mais la poule n’a pas été longue à suivre. En effet, qui dit œuf dit poule, qu’on trouve également en chocolat. Ajoutons à cela des poissons, des crustacés et même des lapins. Des lapins ? Et oui : comme l’œuf, le lièvre est un symbole antique de fécondité. C’est ainsi qu’en Allemagne, en Suisse et en Autriche, les œufs de Pâques sont apportés par le lièvre de Pâques : « Osterhase ». On le trouve aussi en Alsace, culturellement proche de l’Allemagne. Les régions anglophones ont quant à elle un « Easter Bunny ».

 

9. L’île de Pâques

Quel rapport entre Pâques et cette île chilienne de 163 km2 perdue dans le Pacifique sud ? Un hasard du calendrier : le premier Européen qui y accosta est le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen. Cela s’est passé le 6 avril 1722, le jour de Pâques – œuf course. L’ilôt fut annexé par l’Espagne en 1770 mais la couronne s’en désintéressa par la suite. Des Français s’y installèrent après 1864 puis l’île devint une possession chilienne en 1888. Cette île est célèbre pour ses vestiges mégalithiques. Le patrimoine comprend un millier de statues de basalte de 4 mètres de haut, les moaï, et près de 300 terrasses empierrées au pied de ces statues, les ahû. Depuis 1995, ces vestiges sont inscrits au Patrimoine mondial par l’UNESCO.

 

 10. L’homme de Pâques

Et pour finir, y a-t-il un rapport entre Pâques et Pac-Man ? Et bien pas du tout, cela méritait d’être souligné.

Bonne fête à tous !