Festif, coloré, musical, grand public : le carnaval annonce la fin de l’hiver et le début du printemps ! Cette grande fête, attendue par beaucoup d’enfants et de nombreux adultes, est devenue un rituel incontournable dans de nombreuses villes du monde. Certains carnavals, comme celui de Rio, sont même si réputés que des touristes traversent les mers pour les voir et y participer. En France, celui de Nice est très connu mais ce n’est pas le seul ! Avec InSitu French School, faites le tour de France des carnavals en 10 questions.

Auteur : Ennio e Basta

Un article d’Elodie Ressouches pour InSitu French School
Images issues de Flickr Creative Commons et de Wikimedia Commons


1. D’où vient le mot « carnaval » ?

C’est un mot très ancien. Il existe déjà en wallon au XIIIe siècle avec l’orthographe quarnivalle. On le trouve au XVIe siècle avec son orthographe moderne. Il viendrait de l’italien carnevalo, lui-même issu du latin carnelevare, composé de carne « viande » et de levare au sens d’« ôter », qui signifie « enlever ». Le sens premier serait donc « enlever la viande » et donc « entrer en carême »

Les origines médiévales du carnaval

2. Le carême ? Qu’est-ce que c’est ? Quel est le lien avec le carnaval ?

Le carême est une période de jeûne et d’abstinence durant quarante jours. L’alimentation est plus frugale. On évite par exemple de manger de la viande, du poisson ou encore des aliments gras ou sucrés. Il a été institué par le christianisme au IVe siècle en référence aux quarante jours de jeûne de Jésus-Christ dans le désert. Pour anticiper cette période, il était habituel de manger gras et sucré pendant les journées qui précèdent le carême. Voilà pourquoi on parle de « Mardi gras » ! Ce serait une des origines du carnaval.

Le combat de Carnaval et de Carême de Pieter Brueghel l’Ancien

3. Mais alors est-ce que le carnaval est une tradition religieuse ?

Pas vraiment : la population se préparait au carême mais ces réjouissances étaient plutôt païennes ! Mardi gras marque la fin de la « semaine des sept jours gras ». Cette semaine se situe juste avant la période de jeûne. C’est l’occasion d’un défoulement collectif ! L’esprit de jeûne et d’abstinence qui s’annonce est momentanément mis entre parenthèses avec le carnaval.


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4. Mardi gras, c’est quand ?

Mardi gras tombe… un mardi mais pas toujours le même. La date de Mardi gras est mobile par rapport au calendrier grégorien. Elle est associée à la date de Pâques, située le premier dimanche qui suit la pleine lune après le 21 mars. Ainsi, Mardi gras est toujours fixé entre le 3 février et le 9 mars. Cette année, il tombe le mardi 28 février. En 2018, ce sera le mardi 13 février.

5. Que fait-on pour le carnaval ?

On se déguise ! Les enfants adorent cette fête, qui est souvent célébrée dans les écoles. Les déguisements sont parfois fabriqués par les enfants eux-mêmes avec leurs enseignants ou à la maison. On peut aussi utiliser des vêtements d’autres membres de la famille ou encore acheter un déguisement en magasin.

Auteur : Gustave Deghilage

Il est habituel de se maquiller : fleurs, animaux… tout est permis. Les écoles organisent parfois des défilés dans les rues. Les passants peuvent retrouver le cortège en suivant les confettis, jetés à pleines poignées par les enfants ! Ce sont parfois aussi les adultes qui se déguisent, lors de soirées costumées chez des amis ou de fêtes organisées par des bars, des associations ou des clubs.


// PROFS // Vous trouverez sur cette page du site 1 jour, 1 actu un article en français facile « D’où vient la tradition du carnaval ? » (et voici la version PDF de l’article : www.1jour1actu.com/wp-content/uploads/ACTU-CARNAVAL_CM1_CM2.pdf)


 6. Où y a-t-il une bataille de fleurs ?

A Nice ! La première bataille de fleurs a lieu en 1876. Aujourd’hui, il n’y a plus de bataille entre spectateurs mais des milliers fleurs sont quand même lancées depuis des chars. Le carnaval de Nice attire des curieux du monde entier. Il se déroule chaque année en février pendant deux semaines et attire plusieurs centaines de milliers de spectateurs.

Carnaval à Nice : chars de fleurs
Auteur : Zil

Aux XIVe et XVe siècles, le carnaval est avant tout une fête populaire. À la Renaissance, les grands bals et mascarades carnavalesques ont lieu dans les rues étroites de la ville. Au XVIIIe siècle, l’influence du carnaval vénitien développe les bals masqués.

Le Carnaval de Nice au XIXe siècle

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, Nice devient la capitale de la « villégiature hivernale ». Le corso carnavalesque se déroule principalement sur « le Cours », haut lieu de la vie mondaine. Le comité des fêtes, créé en 1873, fait du carnaval un véritable spectacle puis organise des concours de défilés de chars.

Carnaval Nice
Carnaval de Nice sur la place Masséna dans les années 1900

Avant le début du carnaval, Sa Majesté Carnaval arrive le vendredi soir sur la place Masséna. Il y trône pendant tout le carnaval. Le dernier soir, il défile seul avant d’être brûlé. Un feu d’artifice est alors tiré sur la baie des Anges.

Auteur : Cristian Ruz

Depuis un demi-siècle, des manifestations traditionnelles accompagnent le carnaval : le bain du carnaval devenu le « Carnastring », la « Carnacourse », course des garçons de café ou encore la « Carnasocca », dégustation du plat traditionnel niçois, la socca.

Le carnaval de Nice en chiffres, c’est vingt chars de 12 mètres de long, 150 grosses têtes en carton et 20 tonnes de confettis !

Auteur : Marc Valdener

 

7. Où peut-on attraper un homard ?

A Dunkerque, si on est chanceux, adroit et très déterminé ! Les carnavaleux s’arrêtent devant l’hôtel de ville où le maire et le conseil municipal lancent des harengs fumés enveloppés dans du plastique. Tout le monde essaie d’en attraper, ce qui déclenche une énorme bousculade. C’est alors que le maire lance un homard en plastique, que tout le monde s’arrache ! La personne qui l’attrape (et qui réussit à le garder !) pourra ensuite l’échanger à la mairie contre un vrai homard.

Les origines du carnaval dunkerquois remontent au début du XVIIe siècle.

Pécheurs en carnavalAvant de partir six mois au large de l’Islande pour pêcher la morue, les marins-pêcheurs recevaient de la part des armateurs la moitié de leur solde (salaire) au cours d’une fête, la « Foye ».

Puis, petit à petit, vers la fin du siècle, les hommes de la mer et leurs familles se déguisèrent et envahirent les rues de la ville. C’est la naissance de la « Vissherbende », la bande des pêcheurs. La version dunkerquoise du carnaval est donc ancienne.

Avec le temps, son déroulement s’est ritualisé. Ainsi, on commence par « faire chapelle » : on invite ses amis à boire et à manger chez soi. C’est le tour de chauffe ! Ensuite, on sort défiler dans les rues : les carnavaleux se tiennent par les coudes et forment des bandes. On se tient chaud en étant le plus serré possible ! Des airs traditionnels sont chantés.

Parfois, quand le rythme accélère, les carnavaleux forment les chahuts : on assiste alors à des mouvements de foule impressionnants ! Les chaussures de sécurité sont recommandées 🙂

Lignes au carnaval de Dunkerque

Les premières lignes retiennent le flot des masquelours (=carnavaleux). Les premières lignes du défilé sont très enviées, elles sont constituées de « gros bras » rompus aux techniques des chahuts.

Clique au Carnaval de Dunkerque

La musique est assurée par des orchestres qui défilent avec les bandes : le tambour-major porte un costume de soldat d’Empire et les musiciens de la clique (= orchestre), composée de fifres et de tambours, sont en ciré jaune.

Les clet’ches (= costumes) des carnavaleux ont deux caractéristiques principales : l’esprit de dérision et la solidité, auxquelles s’ajoutent l’originalité, les couleurs flashy et l’humour ! Ils sont souvent faits à partir de vêtements récupérés. Beaucoup d’hommes se déguisent en femme : les collants, fourrures et perruques tiennent chaud ! Beaucoup portent aussi un chapeau à fleurs, confectionné avec minutie et fantaisie.

Carnaval de Dunkerque

Enfin, citons « L’Hommage à Cô Pinard » et la « Cantate à Jean-Bart » (corsaire au service de Louis XIV, héros de la ville), des moments très importants du carnaval : on les chante à genoux pendant le rigodon final ! On rejoint ensuite les bals, qui durent jusqu’au petit matin. Les carnavaleux se reposent ensuite… jusqu’au prochain carnaval ! Et oui, de janvier à avril, une trentaine de villes autour de l’agglomération célèbre le carnaval en organisant des bals et des bandes !

Clet'ches au carnaval de Dunkerque

8. Qui est le Roi Vaval ?

C’est la figure mythique du carnaval antillais, un bwabwa géant (= mannequin). Le Roi Vaval est présenté au début du carnaval et meurt le mercredi des Cendres. Il change de forme chaque année et dénonce une cause ou met en avant un événement ayant marqué l’année. En 2010, c’était un profiteur avec des billets de 200 euros autour du chapeau. En 2011, Vaval était une pieuvre aux huit bras tentaculaires qui symbolisait la crise et en 2014 un moustique, référence à l’épidémie de chikungunya.

Auteur : Pom Angers

En Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, le carnaval est une tradition bien ancrée. Il a été introduit par les colons au XVIIe siècle et s’est enrichi depuis des cultures des divers peuples qui vivent dans les Antilles.

En Guyane, il y a des Touloulou : c’est une dame habillée de manière élégante de la tête aux pieds. Elle porte un jupon, une cagoule, un loup (= masque) et des longs gants. Le but est de ne pas être reconnue. Elle défile dans la rue et participe aux bals masqués. Elle représente les femmes bourgeoises des XVIIIe et XIXe siècles.

Auteur : L’Odyssée de Kloé

En Guadeloupe, le Mas ou le Mass (= masque) est une personne ou un groupe de personnes défilant en marge du défilé officiel. C’est aussi un costume qui fait référence à un personnage de l’histoire ou de l’imaginaire guadeloupéen et qui rappelle l’Afrique. Le Mas est là pour effrayer, déranger et choquer. Ainsi, Mass lan-mò ou Mass lamow (= Masques de la mort) est souvent drapé de blanc ou de noir et porte un masque funéraire. Pendant le défilé, il peut envelopper la foule ou piquer le spectateur d’une épingle.

Auteur : Bénédicte Jourdier

De nombreux orchestres défilent pendant les parades, qui sont retransmises à la télévision. Autre temps fort, l’élection du roi et de la reine dans les lycées, les communes et le département tout entier !

9. Pourquoi le Carnaval de Paris a disparu au XXe siècle ?

Paris a longtemps connu la tradition de la Fête des Fous, qui a duré du XIe au XVe siècle au moins.

La Fête des Fous

Le carnaval a ensuite égayé l’hiver chaque année. Les artisans y jouaient un rôle important ainsi que les gens du spectacle, qui organisaient des bals costumés dans les théâtres.

Bal à l’Opéra par Manet (1873)

Au XIXe siècle, l’implication des bouchers, des blanchisseuses, des commerçants et des étudiants sera essentielle pour l’animation du Carnaval. Ce genre de phénomène se retrouve dans tous les carnavals que ce soit à Dunkerque ou au Brésil : la tradition, l’organisation et l’implication de certaines couches de la population sont essentielles pour la prospérité de la fête.

Bataille de confettis en 1894

Le Carnaval de Paris est très populaire et apprécié dans toutes les couches de la population mais il rencontre également au cours des siècles des adversaires qui le critiquent au nom de la morale. En effet, comme dans beaucoup de carnavals, les mœurs de la population s’assouplissent un peu 🙂

Carnaval Paris bal costumé Thomas Couture
Le dîner après le bal masqué de Thomas Couture (vers 1855)

Dans la rue deux types d’événements centraux marquent traditionnellement le Carnaval de Paris : la promenade de masques (= les personnes déguisées) et les cortèges.

Carnaval de Paris Mascarade
1842, en route pour la mascarade !

Les cortèges centraux du Carnaval de Paris attirent des foules énormes venues de Paris et des banlieues alentours au point qu’à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, la circulation des véhicules doit être interrompue sur les grands boulevards durant les « jours gras » et le jeudi de la Mi-Carême.

Carnaval à Paris en 1928
Place de l’Opéra en 1928

Des Reines sont élues et défilent avec le cortège.

Carnaval Reine
Les Reines du Carnaval en 1906

Pendant la première guerre mondiale, le carnaval disparaît. Ses adversaires avancent la morale, l’hygiène, les économies, le manque d’argent, la lutte contre le bruit ou encore la nécessité de ne pas troubler la circulation automobile. La « guerre » anti carnaval va même mener à supprimer les vacances scolaires des jours gras, ce qui empêche les enfants de faire le carnaval.

Au début des années 1990, des initiatives sont mises en place pour faire renaître le Carnaval. Le cortège de la Promenade du Bœuf Gras réapparaît en 1998, puis reprend en 2009 le défilé des Reines des blanchisseuses de la Mi-Carême. Cette année avait lieu la 20e édition du Carnaval de Paris et célébrait les fruits et les légumes. Il a réuni « seulement » 4000 personnes, dix fois moins qu’au XIXe siècle !

10. Pourquoi les carnavals ne sont pas des carnavaux ?

Bonne question ! Comme d’autres mots français finissant par -al tels que bal, festival ou régal, carnaval est une exception !


Pour en savoir plus

  • Reportage du journal télévisé de France 2

Reportage télévisé sur le carnaval

 

  • Chronique de « 1 jour 1 question »

Le site des infos animées : www.1jour1actu.com/infos-animees

D’autres vidéos : www.youtube.com/channel/UCLmlUMA_bGiMWWgfDwfNDgw/videos

 

  • Articles

fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Nice

fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Dunkerque

fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Guadeloupe

fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Martinique

fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Guyane

fr.wikipedia.org/wiki/Carnaval_de_Paris